03 novembre 2017

ORELSAN - La Fête est Finie

 

 

ORELSAN - La Fête est Finie

 

Il est là, depuis le 20 octobre, le troisième album d’ Orelsan intitulé « La fête est finie ». Un titre que nous n’espérions pas prémonitoire, que nous n’espérions pas être le signe d’un essoufflement, d’une lassitude. Pourtant, malgré le talent et la constance d’Orelsan à sortir des projets aboutis et classieux, on pouvait craindre pour ce troisième album. Pas parce qu’il avait balancé des sons en dessous de la moyenne, pas parce qu’il avait fait des collaborations bizarres. Non, car il n’avait pas été présent, justement. On avait l’habitude de perdre de vue le rappeur avant la sortie de ses albums, en solo ou avec Gringe, mais jamais aussi longtemps. On avait toujours des petites vidéos comme « En attendant les sirènes » ou des apparitions, mêmes sporadiques. Mais là, rien. Et quand il n’y a plus rien, on invente, on imagine. On se rattache aussi à des rumeurs, des on-dit. Du « clash » avec Big Flo et Oli, d’une potentielle embrouille avec Gringe, on en a vu et lu de toutes les couleurs… Et même si cela sonne comme de la connerie, le foisonnement et l’accumulation crée le doute. Et si Orelsan avait pété un plomb ? Est-ce qu’il allait revenir époumoné, en manque d’inspiration ? Et si l’album allait être mauvais ?

Maintenant, on sait tous que ce n’est pas le cas. Mais si ça l’avait été, est-ce que ça aurait été dramatique ? Non, car tous les artistes ont des albums un peu en dessous des autres. Un artiste comme Miossec disait même que c’était rassurant de rater un album. Alors, on lui aurait pardonné. Mais non, « La fête est finie » n’est pas raté. Il est même peut-être meilleur que « Le chant des sirènes » qui était lui-même aussi sûrement meilleur que « Perdu d’avance ». Mais la question n’est pas là. Peu importe qu’il soit meilleur, l’important est qu’il en soit l’évolution parfaite. Autant dans le fond que dans la forme. Et surtout, la continuité parfaite de ce qu’est Orelsan. Le rappeur dit que ce disque clôture la trilogie et on comprend pourquoi.

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 « Perdu d’avance » narrait les aventures d’un adolescent, de sa chambre à la maison des disques, de ses relations foireuses avec les filles, de ses mangas, de ses potes. « Le chant des sirènes », c’était la décennie suivante, de vingt à trente ans : Le succès et les angoisses qu’il suscite, les faux amis et les histoires sans lendemain, toujours un peu les mangas mais surtout le doute, la peur de l’âge adulte. « La fête est finie » c’est la gueule de bois, le succès trop lourd à porter, les tas de filles sans saveur et surtout « La » fille. Et aussi un peu les mangas. C’est la trentaine, ses plaisirs d’adultes et ses désillusions d’adolescents. Qu’on raconte à son petit frère ou à son fils pour qu’il soit moins con que nous. Ou plutôt ce qu’on devrait lui raconter mais qu’on ne fait pas car on est devenu « adulte » et qu’on doit « suivre les règles sans comprendre le jeu ». On retrouve notre « pote » qui grandit et comme pour chaque album, le rappeur a toujours ce don de savoir capter et mettre des mots sur les sentiments d’une génération. « La fête est finie » c’est un peu comme « American Pie 4 ». En mieux. En moins con. En plus introspectif.

Thématiquement sincère, l’album jouit de la faculté exceptionnelle de lyriciste d’Orelsan. Peut-être moins centré sur la punchline qu’auparavant (quoique), le disque joue sur les émotions et sur le contenu entier d’une track plutôt que sur une accumulation de phrases chocs. Techniquement, Orelsan joue avec sa voix comme d’un instrument. Il varie les flows, les tonalités, les rythmes quitte à se mettre parfois en danger. L’auditeur ne le ressentira pas forcément et c’est là tout le succès. Tout comme un effet spécial au cinéma, c’est lorsqu’on ne le voit pas qu’on sait qu’il est réussi. Frustrant pour l’artiste que son travail ne soit pas forcément reconnu mais la preuve d’une exigence et d’un respect de l’auditeur. Instrumentalement parlant, même si les plus bougons pourront reprocher une grande influence « stromaesque » qu’on ne peut pas nier, il faut bien avouer que les instrus sont taillées sur mesure pour Orelsan. Contrairement à une majorité d’albums de rap ou chaque texte pourrait être placé sur n’importe quelle musique, ici, tout est travaillé pour que l’ensemble, paroles et musique, ne puisse pas être dissocié. Cette fusion parfaite est dans la lignée du travail déjà effectué sur « Le chant des sirènes » contrairement à « Perdu d’avance » dont les beats semblaient construits uniquement pour qu’Orelsan puisse poser son flow facilement. Dans « La fête est finie », chaque sonorité claque avec la rime, chaque détail musical concocté par Skread a été retravaillé par rapport au texte et inversement.

 « La fête est finie » est le summum de l’étape artistique actuelle d’Orelsan. Parviendra-t-il encore à évoluer et à nous surprendre dans sa prochaine trilogie potentielle ? Qui vivra verra. Aujourd’hui, la plupart des critiques et des spectateurs s’accordent à dire qu’Orelsan, fort de son disque de platine et de son Bercy déjà complet, est devenu le meilleur rappeur français. Faux. Orelsan est le meilleur depuis « Sous influence ». Il confirme seulement son statut.

Ma note : 9,5/10

 

Posté par biquettepower à 13:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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